L’absinthe (Artemisia absinthium L.) : une plante curieuse aux propriétés à la fois neurotoxiques et neuroprotectrices ? (commentaire/revue sur la thuyone)

Source : Journal of Ethnopharmacology, 2010 · PMID 20542104 · Type : commentaire / mise au point (revue d’auteur) · (abstract seul)

Objectif

Discuter, à la lumière de la littérature, le double visage de l’absinthe et de son constituant la thuyone : propriétés neurotoxiques d’une part, propriétés neuroprotectrices rapportées d’autre part. Ce texte est un commentaire à propos d’un article publié dans la même revue (J Ethnopharmacol 2010;129(3):403-9).

Méthodes

Mise en perspective historique et pharmacologique. L’usage médical de l’absinthe remonte au moins à l’époque romaine, tradition en déclin au siècle dernier par crainte de l’« absinthisme », syndrome attribué à la liqueur d’absinthe et plus spécifiquement à la thuyone, cétone monoterpénique souvent présente dans l’huile essentielle de la plante.

Résultats

Versant neurotoxique : au-delà de concentrations seuils, la thuyone présente effectivement des propriétés neurotoxiques, provoquant des convulsions tonico-cloniques dose-dépendantes chez l’animal, probablement par modulation du récepteur GABA de type A. Toutefois, les recherches ont montré que les concentrations de thuyone présentes dans l’absinthe (boisson) n’étaient pas suffisantes pour dépasser ces seuils, ce qui a conduit à réautoriser la commercialisation des boissons alcoolisées aromatisées à l’absinthe. Ce recul des craintes a favorisé un regain des usages médicaux (par ex. traitement de la maladie de Crohn). Versant neuroprotecteur : très récemment, des propriétés neuroprotectrices de l’absinthe ont été mises en évidence chez le rat, la plante étant suggérée comme potentiellement bénéfique dans le traitement des accidents vasculaires cérébraux.

Conclusion

Selon l’auteur, ces résultats neuroprotecteurs, bien que prometteurs, appellent une interprétation prudente compte tenu du profil bien établi d’effets indésirables de l’absinthe. Il restait par exemple incertain, dans ces études, que la dose seuil de thuyone soit ou non dépassée lors d’un usage thérapeutique. Du fait de l’histoire mouvementée de l’absinthe, son application chez l’humain devrait être précédée d’une analyse bénéfice-risque approfondie. Commentaire d’auteur ; données issues du seul abstract.