Données expérimentales sur l’acore (asarone) en chimioprévention du cancer
Type d’étude : revue de synthèse des données précliniques (in vitro et in vivo) Source : Heliyon, 2019 — DOI 10.1016/j.heliyon.2019.e01585 (PMC6513775)
Objet
Faire le point sur les preuves précliniques de l’activité anti-tumorale et chimiopréventive d’Acorus calamus et de ses phénylpropanoïdes, l’α-asarone et la β-asarone, ainsi que sur les mécanismes moléculaires impliqués.
Données in vitro
Sur de nombreuses lignées cancéreuses humaines, la β-asarone induit apoptose et arrêt du cycle cellulaire :
- Glioblastome (U251) : apoptose, blocage du cycle en G1 puis G0/G1, inhibition de la migration, de l’invasion et de l’adhésion, répression des protéines oncogènes hnRNP A2/B1 et hnRNP H1, promotion de l’autophagie (voies P53/Bcl-2/Beclin-1 et P53/AMPK/mTOR).
- Cancers colorectaux (LoVo, HT29, SW480) : apoptose par voie mitochondriale, induction de la sénescence via la lamine B1 (p53, p21, p15).
- Cancers gastriques, prostate, et extraits sur adénocarcinome gastrique : effets anti-prolifératifs, pro-apoptotiques et anti-angiogéniques. L’α- et la β-asarone augmentent aussi la cytotoxicité de la vincristine en inhibant la P-glycoprotéine (résistance multidrogue).
Données in vivo
Chez la souris/rat : la β-asarone réduit le volume tumoral (xénogreffes LoVo, gliome U251), diminue l’incidence des tumeurs colorectales induites par la DMH, et protège contre le carcinome hépatocellulaire induit par la diéthylnitrosamine (DEN). Les extraits méthanoliques élèvent les enzymes antioxydantes.
Toxicité — à restituer sans détour
La revue rappelle en parallèle la toxicité de l’asarone. DL50 de la β-asarone : 1010 mg/kg (voie orale, rat) et 184 mg/kg (i.p.). En sous-aigu, la β-asarone (100 mg/kg) provoque perte de poids et baisse de la prise alimentaire. Surtout, dans une étude d’alimentation sur deux ans, des rats nourris à la β-asarone ou à l’huile de calamus (400, 800 ou 2000 mg/kg) ont développé une incidence accrue de léiomyosarcomes de l’intestin grêle, avec lésions cardiaques ; l’huile de calamus de Jammu (5000 mg/kg) a causé mortalité précoce et lésions hépatiques et cardiaques.
Conclusion des auteurs
Les données précliniques soutiennent un potentiel chimiopréventif de l’asarone, mais des études in vivo approfondies restent nécessaires. La molécule reste par ailleurs documentée comme cancérogène à fortes doses dans les études de long terme : le double statut de l’asarone (cytotoxique sur cellules tumorales / cancérogène à dose élevée) coexiste dans cette revue.