Airelle des marais — Vaccinium uliginosum et Vaccinium myrtillus, deux espèces dont une utilisée comme aliment fonctionnel (revue)

Source : Nutrients, 2023, 15(19):4119 (PMC10574057). Revue de la littérature.

Objet

La revue compare Vaccinium uliginosum (airelle des marais / « bog bilberry ») et Vaccinium myrtillus (myrtille commune), deux arbustes du genre Vaccinium (Éricacées) poussant côte à côte, sur leur composition et leur activité biologique. La coloration rouge-pourpre-bleue des baies tient surtout aux anthocyanes (environ 0,5 % dans le fruit frais), aux propriétés antioxydantes marquées.

Composition

L’airelle des marais possède un profil caractéristique de flavonols et d’anthocyanes qui la distingue de la myrtille. Parmi les anthocyanes, les dérivés de type malvidine dominent (environ 46 % ; puis cyanidine 21 %, delphinidine 13 %, pétunidine 13 %, péonidine 7 % selon une source), la malvidine-3-glucoside étant le composé principal. Le fruit contient aussi des flavonols (quercétine, myricétine, kaempférol, laricitrine, syringétine, isorhamnétine), des proanthocyanidines (procyanidine B2, épicatéchine ; procyanidines totales 159,4 µg/g de matière sèche), et des acides phénoliques (acide chlorogénique, caféique, syringique, protocatéchique). Sucres principaux : fructose puis glucose ; pH du fruit environ 3,5. La cire épidermique de l’airelle des marais est dominée par des acides gras (54,8 %, surtout acide arachidique) et riche en acide cinnamique, ce qui lui confère un fort indice de protection solaire (SPF).

Usages et effets rapportés

Dermatologie : l’extrait oral riche en anthocyanes améliore la peau photovieillie (UVB) chez la souris (hausse des TIMP et gènes antioxydants, baisse des MMP, de p38, JNK, ERK et cytokines) ; la cire du fruit bloque les UV-B.

Ophtalmologie : un essai randomisé en double aveugle (groupe étude 29 sujets, témoin 30, extrait 1000 mg/jour, polyphénols 9,1 mg/g, 4 semaines) montre une atténuation significative de l’inconfort visuel lié aux écrans (yeux fatigués p = 0,001, secs p = 0,003, larmoiement p = 0,005, etc.). D’autres travaux montrent une protection des cellules rétiniennes contre la lumière/les micro-ondes (voie Nrf2/HO-1), la prévention de la cataracte au sélénite chez le raton, et une action préventive sur la DMLA induite par la lumière bleue (cellules RPE, réduction de l’oxydation de l’A2E).

Diabétologie : les anthocyanes d’airelle des marais sont de puissants inhibiteurs de PTP1B (IC50 ≈ 3,06 µg/mL) ; un polysaccharide (VUP-1) inhibe modérément l’α-amylase. La plupart des essais cliniques sur le diabète et le profil lipidique portent toutefois sur V. myrtillus.

Antimicrobien / oncologie : les fractions d’airelle des marais (surtout anthocyanes/proanthocyanidines) inhibent des bactéries alimentaires ; plusieurs travaux anticancéreux existent mais restent peu confirmés.

Conclusion des auteurs

Airelle des marais et myrtille, aux propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et anticancéreuses proches, peuvent être utilisées de façon interchangeable comme complément alimentaire. La myrtille est bien mieux étudiée ; V. uliginosum reste moins caractérisée, tant en métabolites qu’en activité biologique. Effets secondaires : les myrtilles sont classées « herbe de classe 1 » (sûres à doses appropriées), sans effet indésirable notable en essai clinique, avec surveillance pour un possible effet antiplaquettaire.