Amélanchier ovale — documentation, culture pilote et évaluation phytochimique d’une espèce négligée

Source : PMCID PMC10006941 · DOI 10.3390/plants12051142 · Plants, 2023 · Type : texte intégral

Objectif

L’amélanchier ovale (Amelanchier ovalis Medik., Rosacées), aussi appelé néflier des neiges ou amélanchier européen, est un petit arbre fruitier négligé et sous-exploité, à haute valeur nutritionnelle. L’étude, menée sur le long terme, visait à favoriser l’exploitation agronomique durable de l’espèce comme nouvelle ressource de matériel génétique issue de la flore grecque. Les objectifs étaient : (i) développer un protocole de multiplication asexuée ; (ii) lancer un essai pilote de culture de type verger sous différents régimes de fertilisation ; et (iii) évaluer le potentiel phytochimique de différents organes de la plante cultivée.

Méthodes

Dix échantillons de populations sauvages d’A. ovalis subsp. ovalis ont été collectés dans des habitats naturels du nord de la Grèce (dont le mont Tzena) et documentés, chaque génotype recevant un numéro d’accession IPEN. Des essais de multiplication asexuée par bouturage ont été réalisés en 2020 (deux expériences consécutives, 13 traitements hormonaux dont témoin, six boutures par traitement), avec application externe d’acide indole-3-butyrique (AIB, 2000-6000 ppm) et d’acide 1-naphtalène-acétique (ANA, 2500-5000 ppm), parfois précédée d’un prétraitement à une solution d’engrais organique. Le génotype GR-1-BBGK-04,2547, le plus performant en essais préliminaires, a été retenu. Un essai pilote de culture en champ (Thermi, près de Thessalonique) a comparé trois régimes de fertilisation : témoin sans fertilisation, fertilisation conventionnelle (engrais inorganiques) et fertilisation organique, avec suivi de la hauteur des plants sur trois ans (2020-2022) et mesure de la production de fruits la troisième année. Le potentiel phytochimique (teneur totale en composés phénoliques par Folin-Ciocalteu, activité antiradicalaire par DPPH, et spectres RMN du proton) a été évalué séparément sur des extraits de feuilles, rameaux, fleurs et jeunes fruits.

Résultats

Le matériel de type bois dur n’a pas raciné ; les boutures de bois tendre, jeunes et faiblement lignifiées, avec application d’hormone sans prétraitement, ont donné les meilleurs résultats. Le taux d’enracinement a atteint 83,3 % après 28 jours sous 4000 ppm d’AIB et 2500 ppm d’ANA (première expérience), tandis que les boutures plus lignifiées de la seconde expérience racinaient moins (au maximum 33,3 %). L’enracinement dépend donc du type et de la concentration d’hormone, du type de bouture, de la saison et du génotype, un excès d’hormone réduisant la capacité d’enracinement. Pour la teneur totale en composés phénoliques (TPC), aucune différence significative n’a été observée entre feuilles, rameaux et jeunes fruits, tandis que les fleurs avaient une TPC significativement plus basse ; tous les extraits ont montré une remarquable capacité antiradicalaire, sans différence significative entre organes. Les spectres RMN ont confirmé la présence de composés phénoliques (dérivés de l’acide trans-caféique, autres acides phénoliques et flavonoïdes) dans tous les organes. En culture, la fertilisation a eu un effet significatif sur la hauteur : la fertilisation organique donnait une croissance plus faible les deux premières années, sans différence entre les traitements la troisième année. Au terme de la saison 2022, les arbres atteignaient en moyenne 2,09 m (témoin), 2,05 m (fertilisation conventionnelle) et 1,73 m (fertilisation organique). La troisième année, la fertilisation conventionnelle a nettement augmenté la production de fruits (615 g de poids moyen de fruits par arbre, contre 83,4 g et 78 g pour la fertilisation organique et le témoin), avec des fruits plus lourds et plus gros mais à teneur en eau plus élevée.

Conclusion

Cette étude pose, pour la première fois, un cadre pour l’exploitation agronomique durable du germoplasme grec natif d’Amelanchier ovalis subsp. ovalis, via un protocole de multiplication asexuée espèce-spécifique, une évaluation agronomique en essai pilote et une évaluation phytochimique comparative des organes de la plante cultivée. A. ovalis ne requiert pas d’apport nutritif externe pour s’établir à ses premiers stades, mais la fertilisation conventionnelle peut accroître la production de fruits frais. Les organes présentent une forte activité antioxydante malgré une teneur phénolique modérée, ce qui fait de cette espèce un candidat « superfruit » prometteur, à valeur ornementale et médicinale additionnelle.